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Chers concitoyens

Publié le samedi 10 mars 2007.


Je ne peux résister à l’envie de faire partager une analyse franchement politique, même si j’utilise ce site à vocation habituellement technique comme blog d’humeur. Une fois n’est pas coutume.

Pour dire les choses clairement, la maturité politique dont font preuve les Français me réjouis et m’étonne en même temps car je suis de ceux qui pensent que l’analphabétisme politique est plus répandu que celui auquel on pense habituellement, tout simplement parce que notre conditionnement est plus orienté vers l’utile, le productif que vers les sciences humaines. Et jusqu’à présent je croyais, à tort, que mes compatriotes étaient passifs. C’était oublier un peu vite que la France a une longue histoire, assez unique, dans ce domaine.

Ma première surprise est venue du référendum sur la constitution Européenne. Le non des Français (d’ailleurs confirmé par les Hollandais) a été sans appel. Pour moi, c’est une signe de maturité parce que notre intelligentsia, notre élite, de majorité comme d’opposition, s’était prononcée en faveur du oui.

On a dit que les raisons du non étaient trop multiples pour être synthétisées, mais c’est précisemment en quoi consiste le suffrage universel ; d’ailleurs les raisons d’un oui auraient-elles été moins multiples ?

On a dit que le texte était trop technique pour être ratifié par un référendum. Qu’importe puisque dans ces cas là, l’ignorant (et je me compte dans cette catégorie sur ce sujet), s’en remet normalement à l’opinion du professionnel. Or pour faire avaliser un changement, il faut le vendre, et comme la majorité, je n’ai pas été convaincu par un argumentaire qui consistait à faire peur sans montrer en quoi il y avait matière à s’enthousiasmer.

On a dit aussi que les Français avaient confondu un enjeu Européen avec une sanction locale. Mais justement, si nos politiques étaient l’objet d’une défiance (ce qui est certainement le cas), pouvaient-ils demander la confiance des électeurs sur un projet difficile à comprendre, plus large que la France ? A contrario, lorque les Français ont ratifié Maastrich quelques années plus tôt, les politiques ne se sont pas plaints de la confusion ! L’ amalgame entre le projet et ceux qui le promeuvent était naturel, inévitable, logique.

En bref, les Français ont émis un message de défiance tant vers leurs politiques que vers ce projet Européen (ce qui ne signifie pas un rejet de l’idée Européenne), d’autant que la maison Europe exhalait une odeur de libéralisme mal perçue avec cette étonnante directive Bolkenstein dans un contexte de délocalisations et de chômage.

Autre sujet d’étonnement, et de ravissement pour moi, c’est l’ascension du candidat Bayrou. Voilà que les Français reconnaissent la vacuité du débat droite/gauche (j’aime la formule : ce n’est pas un duel mais un duo) et je serais heureux de voir Bayrou élu, non pour lui-même mais pour que l’élite dirigeante s’attaque sérieusement à l’économie, l’environnement et la démographie car l’heure n’est pas à la division stérile devant ces énormes défis du XXI ème siècle. Chers concitoyens, vous n’êtes pas aveuglés par le discours dominant et c’est une signe de maturité, un signe d’espoir dans ce monde malade.


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